Les raisons de l’émigration d’une famille membre du Hizmet

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Se considérant comme un simple serviteur et persécuté dans son pays pour son rattachement au Mouvement Gülen, notre lecteur anonyme nous a adressé un mail afin de partager les raisons de sa migration.

Voici le contenu de son message.

« Apres avoir lu la publication d’un article intitulé « La lettre d’adieu d’un couple turc qui émigre vers le Canada », j’ai décidé de rédiger cette lettre.

En fait, de ce que j’ai pu comprendre, ce couple dont le mode de vie semblerait être à l’inverse du notre, s’est posé, à la suite des événements qui nous affectent en ce moment, la même question et a conclu la même réponse que nous.

La question est: Pourquoi devions nous quitter la Turquie ?

Je suis diplômé de l’enseignement supérieur. J’ai un très bon métier. En fait, si il n’y avait pas eu ces fermetures et ces saisies injustes de nos divers établissement, et cet ignoble coup d’Etat et ce qu’il s’ensuivit, nous aurions eu, avec ses hauts et ses bas, une vie paisible en Turquie. Cependant, les injustices perpétrées à l’encontre des personnes, tous ces vandales partout dans les rues, etc…  dont ce couple parle, n’étaient pas si dramatiques pour nous. Comme vous pouvez le deviner, en tant que sympathisants du Hizmet, nous avons supporté tellement d’événements plus douloureux dans notre pays, que ces derniers semblent ne pas avoir d’importance.

Pendant que j’essayais de résister à la vague de haine insufflée en continue au peuple par Erdogan, après avoir été jeté de mon travail par les partisans du AKP et après avoir vécu la garde à vue, je me suis décidé à prendre ma famille, et partir à l’étranger à n’importe quel prix, pour y continuer notre vie. J’ai donc commencé à chercher un pays et un travail. Et Dieu merci, grâce à l’aide de mes amis, j’ai émigré, bien avant le 15 Juillet, vers un pays de l’occident où règnent la justice et les droits de l’homme. J’ai même un travail maintenant.

Plus d’inquiétude durant la nuit, ni de peur que la police vienne vous chercher le matin dans votre appartement… nous ne vivons plus ceci ici.

Mes ongles que je rongeais par anxiété ont retrouvé leur état normal maintenant.

Il n y a plus de voisin qui vole mon journal comme en Turquie. Ici, je ne suis plus obligé d’afficher une note demandant aux personnes de bien se comporter et d’arrêter de voler.

Depuis que je suis arrivé ici, je n’ai ni vu de photos de politiciens affichées dans les rues, ni entendu de discussion à leur sujet. De même, il n y a pas de grand rassemblement politique ici, ni même de chaînes TV faisant en continue leur propagande.

Alors qu’en Turquie, quand une certaine partie de la population, endormis par des semblants d’héroïsme, acceptent le gaspillage des impôts dans des palais ou divers dépenses cachées, prétextant que l’Etat a le droit de gaspiller, ici, mes poches sont continuellement pleines de petites monnaies issues de mes divers paiements. L’importance est telle que le gaspillage du moindre centime n’est toléré. Ce moindre centime est rendu à son propriétaire, car c’est ce que requiert le droit et la justice.

En parlant du droit de l’individu, ici, le système est élaboré de sorte qu’aucune créature vivante ne subisse de préjudice moral et matériel. Dans la vie de tous les jours, nous ne sommes jamais témoins d’actions indignes telles que le vol, la corruption, le favoritisme, le détournement d’impôt.

Cela nous amène parfois à nous demander si c’est nous qui sommes musulmans, ou eux?

D’ailleurs, ne vous fiez pas aux rares incidents d’attaques racistes, ou d’insultes aux femmes musulmanes. Ces événements sont si rares que dans la population, il n’existe pas de groupe marginal correspondant aux actes de telle sorte. La pensée même de la violence y est interdite. Comme ces événements sont si rares, ils sont médiatisés. Et les médias turcs prennent ses informations, les embellissent et les diffusent à la population Turque. Croyez-moi !

Quand on observe les alentours ici, on ne peut que s’attrister pour le paysage naturel qui a été offert à notre peuple. Les espaces naturels qui sont pillés, négligés, mon pauvre pays qu’on détruit. D’un côté, l’importance donnée au moindre arbre d’une forêt, de l’autre côté un paysage naturel qu’on enfoui sous le béton et le goudron. Ce n’est vraiment pas comparable.

Bien évidemment, mon but n’est pas de décevoir nos lecteurs de Turquie. Je décris le paysage que nous pouvons voir quand nous sollicitons ce que nous devons solliciter.

Quand d’un côté, certains politiciens sont idolâtrés (et je pèse mes mots), et d’autre coté, quand d’autres n’ont suffisamment pas de courage pour défendre leurs droits ou qu’ils sont attirés par le pouvoir ou par les Saray (palais présidentiel), et que ces personnes constituent la flore politique, il est très difficile de vivre parmi eux.

Celui qui (Erdogan) considère la prise de pouvoir de l’armée comme une bénédiction de Dieu ne s’arrêtera pas là et ne sera jamais rassasié. Il en demandera toujours plus.

Ne sont en sécurité, ni les journalistes n’écrivant pas de belle histoire, ni les bureaucrates ayant une fidélité douteuse, ni même les hommes d’affaires n’appréciant pas de donner des pots de vin d’au moins 20%.

Et nous prions en famille pour le rétablissement de notre beau pays qui semble être envahi par état de transe collective.

Un simple serviteur. »

Texte traduit de Samanyolu Haber

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