Deux mois après la tentative de putsch, les franco-turcs proches de Gülen, victimes collatérales de la purge

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Il y a deux mois, la tentative ratée de putsch contre le Président turc Erdogan s’est soldée par le lancement d’une purge à grande échelle. Purge qui depuis s’exporte…

Par Helene Sergent.

Il y a deux mois, dans la nuit du 15 au 16 juillet, la Turquie a failli basculer dans l’incertitude après qu’une fraction de l’armée se soit soulevée, s’emparant d’avions de chasse et d’hélicoptères et semant la panique dans les rues d’Ankara et d’Istanbul. Erdogan, alors en vacances à Marmaris (ouest), exhorte les Turcs à résister à une « tentative de coup d’Etat » en descendant dans les rues. Après une nuit de chaos, un responsable est désigné par le chef de l’Etat, accueilli par une foule imposante : le prédicateur exilé depuis 1999 aux Etats-Unis, Fethullah Gülen.

Depuis, les autorités turques ont lancé une purge sans précédent et incarcéré près de 20.000 personnes de toutes professions, dont des militaires, professeurs, magistrats, enseignants ou journalistes, toutes soupçonnées de liens avec la confrérie Gülen, qui continue de nier toute implication dans la tentative de putsch. En France, depuis cette nuit du 15 juillet, une partie des quelque 600.000 Turcs et franco turcs revendiquant ou soupçonnés de soutenir le mouvement güleniste dénoncent l’exportation de la purge.

Zaman France met la clé sous la porte

Le 29 août dernier, le rédacteur en chef, Emre Demir, du journal franco turc Zaman-France annonçait sur son compte Twitter l’arrêt de la parution du titre, franchise du quotidien turc considéré comme l’un des principaux organes pro-Gülen. Contacté par 20 Minutes, Emre Demir explique : « Depuis 3-4 ans, nous vivions une période difficile principalement due aux pressions venues de Turquie, à l’annulation de contrats publicitaires, et à une campagne de désabonnement lancée par des associations pro-Erdogan ». Créé il y a 8 ans en France, le journal avait vu sa diffusion s’écrouler, passant d’environ 11.000 exemplaires vendus chaque semaine en 2013 à moins de 4.000 en 2015.

 

Mais depuis le putsch du 15 juillet, les difficultés du titre ont changé de nature : « Nous avons reçu des menaces de mort, par mail ou sur les réseaux sociaux. Puis il y a eu une campagne de dénonciation organisée en Turquie et en Europe. Le gouvernement a créé une ligne téléphonique dédiée pour dénoncer la communauté güleniste installée en dehors du pays (…) Une dizaine de nos lecteurs ont été interrogés par la police turque qui leur demandait pourquoi ils étaient abonnés à Zaman France », dénonce le journaliste.

Appels au boycott, dégradations…

Il y a les pressions insidieuses, les injures sous couvert d’anonymat envoyées via Facebook ou Twitter et les menaces plus concrètes. Depuis le 15 juillet, 17 bâtiments ou locaux d’associations proches de Fethullah Gülen auraient été dégradés ou incendiés à Lyon, Sens, Mulhouse ou Villeneuve-Saint-Georges. Des infractions que Nihat Sarier, l’un des fondateurs du premier collège güleniste de France, a décidé de répertorier. « Nous voulions créer une plateforme pour aider les victimes, proposer une aide juridique, les mettre en lien avec des avocats pour porter plainte auprès de la police », détaille le Strasbourgeois.

Meziane Rezki, avocat au barreau de Seine-Saint-Denis assiste le collectif dans les démarches juridiques des franco turcs victimes de menaces, de diffamation et d’injures publiques : « Le collectif me fait remonter les plaintes. On analyse les faits, et pour les faits les plus graves, les victimes se constituent en partie civiles. Il y a déjà eu une condamnation à Mulhouse à la suite de l’incendie d’un centre ». Depuis la tentative de putsch, l’avocat aurait vu défiler une cinquantaine de plaintes similaires.

Des relais institutionnels ?

Autre institution visée, la fédération des entrepreneurs franco turcs (FEDIF). L’un de ses membres joint par 20 Minutes et qui tient à garder son anonymat, témoigne : « Un faux message a été laissé sur mon répondeur le 3 août dernier. Un homme, qui se faisait passer pour un gendarme de ma commune m’expliquait qu’il avait reçu une demande d’extradition du gouvernement turc due à mes supposées activités terroristes ». Selon lui, plusieurs entrepreneurs de la FEDIF auraient également été victimes d’appels au boycott lancés sur les réseaux sociaux : « Certains nous ont appelés pour résilier leur adhésion, la pression est très forte, on est montrés du doigt ».

Pour le güleniste Nihat Sarier, les tensions ont évolué depuis le 15 juillet : « La première vague a été relativement violente et depuis le 1er août ça s’est estompé. Aujourd’hui les pressions sont plus diffuses et la délation est encouragée au niveau étatique en Turquie et par leurs relais en France à travers certaines mosquées, certains consulats ».

Pas de quoi paniquer pour autant tient à nuancer le ministère de l’Intérieur : « En dehors d’un appel à la vigilance communiqué au lendemain du putsch à tous les consulats turcs installés en France, aucune mesure de protection particulière n’a été jugée nécessaire pour le moment ».

Retrouvez l’article sur 20minutes.fr

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